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REPRODUCTION

Faire reproduire son chien : amour ou intérêt ?

Ce sujet déchaîne souvent les passions, et pour cause : faire reproduire son chien ou sa chienne est un acte qui doit être parfaitement réfléchi, car souvent lourd de conséquences.

Nombreux propriétaires rêvent d’avoir un jour une portée de leur compagnon adoré qui «est le plus beau, le plus gentil », bref, parfait … à leurs yeux.

Pour autant, faire naître et socialiser des chiots correctement, ça ne s’improvise pas : éleveur, c’est un métier, pas une vocation. Cela nécessite des connaissances pointues sur la race, sur la génétique, sur le comportement canin, sur le développement physique et psychique du chien.

1)      Le choix des reproducteurs

 C’est certainement le point le plus délicat ; nous voyons fleurir sur internet et réseaux sociaux des annonces de saillies ; nombre de nos connaissances veulent faire une portée à leur chien… mais ces personnes savent elles vraiment ce qu’elles font ? Font-elles réellement les bons choix ?

-     Physique et caractère : « mon chien est beau et bien charpenté » … oui mais peut être a-t-il un prognathisme ou un autre défaut qui fera de lui certes un joli chien, mais pas un beau reproducteur. « Mon chien est gentil » …  oui, mais parfois il a des peurs excessives ou des montées en pression parfois surprenantes vis-à-vis de certaines situations anxiogènes.

Le physique et le caractère sont des éléments très importants, car ils se transmettent aux chiots : combien de propriétaires font reproduire leurs chiennes craintives, parfois même agressives, transmettant ainsi leurs gènes à leur chiot ? De plus en plus malheureusement.

-     Age des chiens reproducteurs : la maturité physique n’est pas suffisante pour faire reproduire un chien. Ne seriez vous pas choqués si une petite fille de 13 ans était enceinte ? Il est important de choisir des chiens ayant atteint la maturité physique mais également psychique : on évite donc de faire reproduire une chienne avant ses 24 mois. De même, la ménopause n’existant pas chez la chienne, on évite aussi de faire reproduire une chienne trop âgée (après 6 ans), car les risques de difficultés lors de la mise bas augmentent considérablement.

-     Etude des lignées : dans de nombreuses races, il existe des maladies génétiques et héréditaires. Ces maladies peuvent être dites récessives, ce qui implique que les deux parents doivent être porteurs du gène défectueux pour transmettre la maladie au chiot. Mais il existe à ce jour des maladies dont le mode de transmission n’a pas été encore établi, et il est impossible de savoir si elle se transmet par le biais d’un seul ou des deux parents. C’est par exemple le cas pour l’adénite sébacée et le VKH chez l’akita : à ce jour, nous savons qu’il s’agit de maladies génétiques, mais nous ne savons pas encore si seulement l’un ou les deux parents doivent être porteurs pour transmettre le gène au chiot. Pour cela, il extrêmement important (quand on est un minimum consciencieux) de connaître parfaitement les lignées de chacun des reproducteurs et de s’assurer que d’un côté comme de l’autre, il n’y a pas eu de chiots malades, en remontant bien au-delà des parents et grands parents.

La consanguinité est également un facteur très important, souvent négligée par les naisseurs. Certains avancent, pour justifier un mariage trop consanguin, que le but est de fixer certains caractères génétiques de la lignée (couleur, taille, etc…) … oubliant soigneusement que les tares sont du coup fixées à leur tour ! Car dans ce type de mariages, il n’y a pas que les gènes positifs qui sont fixés (Cf : http://www.fci.be/uploaded_files/29-2010-annex-fr.pdf )

-     Tests de santé : bien souvent négligés par les particuliers, certains sont pourtant d’une importance capitale. Par exemple, sur les chiens de grande race,  les radiographies des hanches devraient être effectuées automatiquement pour toute reproduction pour écarter d’importants risques de dysplasie. D’autres tests, en fonction des races, devraient aussi être imposés : examen des tares oculaires, coudes, gènes du poil long, carte ADN, etc …

Personne ne devrait acheter de chiot sans avoir vu au préalable les tests de santé des deux parents reproducteurs.

2)      La socialisation des chiots

La socialisation du chiot est d’une importance capitale : de la réussite ou de l’échec de cette étape dépendra l’adaptation du chiot dans sa vie future.

Cela commence dès l’instant où les chiots sont dans le ventre de leur mère. De très nombreux exercices peuvent être réalisés pendant la gestation de la chienne afin de commencer à sensibiliser les chiots au monde extérieur.

Une fois mis au monde, une très grosse responsabilité incombe au naisseur : beaucoup s’en remettent à la mère, pensant qu’il faut « laisser la nature suivre son cours ».

Pour autant, si l’on souhaite que les chiots évoluent favorablement dans notre société humaine, il faut les y préparer. La mère transmet les codes canins mais n’est pas apte à socialiser ses petits à nos codes à nous.

Contrairement aux idées reçues, il ne faut pas attendre les 8 semaines d’un chiot avant de le sortir. Il est très important qu’il soit soumis à de multiples stimuli (dont l’intensité et la durée sera à adapter en fonction de son âge) afin de le préparer à sa vie dans son futur foyer : ainsi, si le chiot est destiné à vivre en plein centre ville avec un chat et des enfants, il faudra qu’il découvre tout cela avant son arrivée dans son nouveau foyer.

Il est donc essentiel que le naisseur ait :

-     Des connaissances concrètes et pointues : sur le développement physique et psychique du chien, savoir à quel moment il est possible de le soumettre à tel ou tel stimulus, lui présenter des êtres vivants (humains et animaux divers et variés), de nombreux objets de toute sorte, différents environnements, tout en respectant des règles strictes d’hygiène.

-     De l’espace : selon les races, certaines portées peuvent atteindre 10 à 12 chiots, qui prennent de plus en plus de place au fur et à mesure qu’ils grandissent.

-     Du temps : on ne socialise pas un chiot uniquement les week end et une ou deux heures par jour en semaine, c’est un travail quotidien et de longue haleine si l’on souhaite faire les choses correctement

-     De l’argent : vermifuges, antiparasitaires, soins vétérinaires, identification par puce … une portée coûte souvent bien plus cher qu’elle ne rapporte.

3)      Le choix des futurs propriétaires et le suivi du chiot

Savoir choisir correctement les propriétaires qui conviendront aux chiots peut s’avérer être un vrai parcours du combattant. Leur mode de vie convient il au chiot, à sa race ? L’environnement de vie dans lequel il va évoluer sera il adapté ? Sauront ils faire face aux soucis divers que l’on peut rencontrer lorsque l’on prend un chien (problème de santé, de comportement, etc …) ? Sont-ils prêts à s’investir sur 10 ou 15 ans ?

Difficile d’être sûr … mais c’est du choix du naisseur que dépendra l’avenir des chiots. Et si l’un de ces propriétaires venait vouloir abandonner le chien, quelle sera la réaction du naisseur : cherchera-t-il à le récupérer pour le replacer, quelque soit l’âge ou le souci de l’animal ? Ou laissera-t-il ses clients le vendre sur internet au premier venu ?

 

Vous l’aurez compris, faire reproduire son chien n’est pas à la portée de n’importe qui. Alors posez-vous les bonnes questions : pourquoi tenez-vous absolument à ce que votre chien se reproduise ? Avez vous les compétences requises pour faire en sorte que tout se passe le mieux possible, tant pour votre chien que pour les futurs chiots ?

Aimer, c’est savoir faire passer le bien des autres avant ses propres envies.

Céline Morin

Cynologiste La Voix du Chien LVC et Secrétaire Association Info Santé Inu